Crimes de guerre nazis en Agenais. Seconde guerre mondiale en Lot & Garonne

Historique du réseau

jeudi 27 décembre 2012 par Michel Sercan

Nous remercions le président de « l’Amicale des amis du Réseau Victoire » de nous autoriser à publier son historique.

Association « Les Amis du Réseau VICTOIRE » Réseau S.O.E. Hilaire-BUCKMASTER

Le Réseau « VICTOIRE »

Le réseau « VICTOIRE », que le dictionnaire historique de la Résistance française ne mentionne pas comme un réseau effectif, semble avoir été absorbé par le réseau HILAIRE (Wheelwright). Comme nous le verrons par la suite, cette unique mention s’explique. « VICTOIRE » est né à Castelnau sur l’Auvignon (Gers) le 12 avril 1942. Maurice Rouneau qui deviendra « Albert », puis capitaine Rendier dans la Résistance, est originaire du Nord (Zone Occupée) d’où il s’est évadé en mars 1941 pour se retrouver à Agen avec une couverture solide, celle d’employé dans une imprimerie. Il travaille en effet chez M. Saint Lannes imprimeur à Agen. A Agen, il y a aussi une partie du 150e Régiment d’Infanterie (150e R.I), dont les autres éléments sont cantonnés à Cahors et Marmande. Un sergent-chef, Pierre Wallerand, âgé de 25 ans, est contacté par Martin Rendier qui ne peut admettre de rester sans agir devant la situation imposée par l’occupant allemand. Ces deux hommes sont originaires du Nord et sympathisent rapidement, il en est ainsi des gens qui retrouvent des ressortissants de la Zone Occupée, des « pays » comme il est coutumier de dire. A Pâques 1942, les bases d’une organisation de résistance sont jetées. Dès lors, (pour une meilleure compréhension), nous donnerons à Maurice Rouneau son nom de Résistance : Martin Rendier. Profitant d’un congé accordé au sergent-chef Pierre Wallerand, Martin Rendier propose à ce dernier de rejoindre Castelnau sur l’Auvignon, petit village situé dans le Gers, non loin de Condom. Là, réside Madame Delattre, née Robert, et originaire du Nord, d’où elle s’est évadée en juin 1941 car recherchée par la « Gestapo » pour faits de résistance et qui a obtenu le poste d’institutrice à Castelnau. Rendier a déjà eu l’occasion de rencontrer Madame Delattre dans le Nord et connaît ses idées et engagements, en un mot elle est prête pour la Résistance. La réunion constitutive se tient dans les bâtiments de l’école de ce charmant village gersois où Madame Delattre a invité ses deux amis pour les fêtes de Pâques. La soirée sera longue, on parle beaucoup, on imagine et on met en ordre ce qui deviendra le Réseau « VICTOIRE ». Madame Delattre n’a, pour l’instant, que des paillasses pour réfugiés à proposer à ses amis. Ils ne prendront d’ailleurs que quelques heures de repos. Puis, Madame Delattre va chercher le Maire Roger Larribeau dont ils connaissent déjà les opinions, pour le mettre au courant de ce qui vient d’être envisagé. Son accord est immédiat et à compter de ce jour, Pierre Wallerand se charge de recruter, parmi les éléments du 150e R.I, des camarades sûrs pouvant constituer l’ossature de « VICTOIRE » Dans un premier temps, 30 sous-officiers adhérent dont Maurice Dupont, Fernand Gaucher et Maurice Lefebvre. Le même travail de recrutement s’opère à Marmande et Cahors. Fin août 1942, la première réunion clandestine de masse, consacre la création de « VICTOIRE », né à Pâques 1942. Sûrs de pouvoir compter sur une forte participation des militaires, les civils dont Roger Larribeau, Jeanne Delattre-Robert et Martin Rendier peuvent intégrer tout de suite Pino et Tina Novarini et Madame Larribeau à Castelnau, les collègues de travail de Rendier à Agen : Pierre Duffoir et son épouse Paulette, sa mère et sa sœur, Hélène Falbet, mais aussi dans cette ville, la famille Merchez dont la fille Maguy sera très active. Toujours à Agen, Maurice Dupont, sous-officier au 151e R.I. fait la connaissance de Maurice Jacob fonctionnaire alsacien replié à Agen. Maurice Jacob est l’ancien chef de division de la préfecture du Haut-Rhin qui est, à Agen, le chef du Service des Réfugiés. Maurice Jacob est très estimé par le personnel et par les services. Il est alors aisé pour ce dernier de recruter Lavalette, Meisterman, Paul Blazy, Marco Diener et bien d’autres. Dès lors « Maurice » devient le « contact » qui assure la direction du groupement des éléments nouvellement recrutés ; La première problématique est l’armement ! Un contact est pris avec les autres organisations résistantes connues et un dimanche matin, à Agen, une réunion est provoquée qui rassemble les responsables de « Combat », « Franc-Tireur », « Libération », Wallerand et Rendier qui représentent « VICTOIRE » Le président de séance est Verdal qui se présente comme agent du 2e Bureau de Londres. L’attitude de Verdal est presque inamicale et insultante pour des hommes qui n’ont pas besoin de conseils pour observer le silence et respecter les ordres. A l’issue de la réunion, Verdal s’engage à contacter Londres pour les envois d’armes et « VICTOIRE » à fournir des cadres pour les autres groupes qui conservent, cela va de soi, leur entière autonomie. Cependant, Rendier et Wallerand semblent douter de l’efficacité de Verdal et se mettent en quête de contacts qui pourraient leur permettre de recevoir des armes. Grâce à un sous-officier, mutilé en 1940, Larigaudière, l’état de terrains possibles pour recevoir des parachutages, est recensé. Maurice Lefebvre, sergent, et Larigaudière sont chargé de prendre discrètement les contacts nécessaires. C’est par l’entremise de Leurquin, chargé d’affaires de Belgique à Agen, présenté par Merchez, qu’un contact est rendu possible avec « Rodolphe » « Rodolphe », c’est en fait Henri Sévenet qui appartient aux Services Secrets du Grand Quartier Général interallié. S.O.E. (Spécial Opérations Exécutive) Des agents de ce service sont présents dans tous les territoires occupés par les Allemands. Le S.O.E. a été crée par Churchill et la Section française a pour chef le colonel Maurice Buckmaster. « Rodolphe », au moment où il est contacté vient tout juste d’être parachuté sur le sol français et c’est Wallerand qui assure le premier contact avec lui. Ce « contact » s’avère bénéfique car les structures présentées par « VICTOIRE » sont très intéressantes et appréciées en haut lieu, selon la formule en vigueur. « Rodolphe » décide de rencontrer son supérieur basé à Lyon et à son retour il informe « VICTOIRE » qu’un premier parachutage est prévu le samedi suivant son retour. Un message sera diffusé dans la liste des « messages personnels de la France Libre, et sera libellé comme suit : « Victoire embrasse Joseph » Dès cet instant il faut trouver un terrain adapté, et c’est tout naturellement que Castelnau sur l’Auvignon est choisi. Wallerand et Rendier prennent contact avec madame Delattre qui informe Roger Larribeau, lequel rallie sans mal, pour ne pas dire immédiatement « Pino » « Pino », c’est Joseph Novarini, un homme simple, déterminé, généreux et prêt à rendre les services qui lui sont demandés. Pour cette première opération qui sera « nocturne », se retrouvent donc : « Pino », il est sur ses terres, « Rodolphe », Maurice Lefebvre, Wallerand et ses camarades, Rendier, Roger Larribeau et Sévenet qui, après l’échec de ce premier essai, rassure tout le monde et affirme non sans raison, que des armes seront parachutées. C’est en fait la mauvaise météo qui fait échouer ce premier parachutage. Pendant ce temps, « VICTOIRE » s’organise et voit ses effectifs grossir. Les militaires de la base aérienne et des civils ont rejoint le réseau. En Gironde, le sergent Maurice Dupont fait des adeptes. A La Réole c’est pareil ! En Dordogne, c’est l’adjudant Fernand Gaucher qui recrute très sérieusement. Des contacts, pris par Rendier, Roger Larribeau et Jeanne Delattre-Robert, sont assurés dans plusieurs familles : • Dans le Gers : Bourdettes, Bordes, Prieur, Corne, Espiau, Mme Baurens, le député Dubosc, le notaire M° Pialoux, l’abbé Boé, le gendarme Bourrust, Alexandre Baurens, Abel Sempé, les contrôleurs du ravitaillement Rouzier et Duquesne, Maës (directeur du service du ravitaillement à la mairie de Condom), le capitaine de gendarmerie de Condom Pagès, Lalanne, Louvet, Le Béchec, Geay , Barbé, à Condom _ Coueille, à Blaziert _ Lauray, à Miramont-Latour _ Sorbé, à Seissan _ Darroux, à Fourcès _ Pujol et Herlin, à Montréal _ Boison à Castelnau. • Dans les Landes libres : Gabriel Cantal et son équipe. • Dans les Basses-Pyrénées et Haute-Garonne : Mme Leleu, à Castétis _ Ascazo imprimeur à Pau _ Labayle et ses amis, à Montréjeau _ Campan, Mansencal, Duffaza, Mme Mauléon, à Montréjeau et Mazères de Neste. Tout est bien organisé et cloisonné et une demande est unanimement formulée par les divers groupes du réseau : « Quand nous donnerez-vous des armes ? » Cette demande n’aura pas de réponse dans l’immédiat car « Rodolphe », qui est reparti pour Lyon rencontrer « Joseph » qui n’est autre que Aaron, apprend que son supérieur est arrêté et son réseau désorganisé. C’est « Gontran », le lieutenant de « Rodolphe », qui vient à Agen pour informer « VICTOIRE » Le 9 novembre 1942, « Rodolphe » est de retour à Agen. Le 11 novembre, chacun est informé de l’occupation totale de la France et la Zone Libre ne l’est plus ce qui est un danger supplémentaire pour nos résistants. Les Allemands sont partout et il faut veiller à une discrétion redoublée afin de se préserver. Rendier qui durant son passage à Agen, chez Saint Lannes, avait imprimé des faux papiers songe à se mettre à l’abri. Il reçoit l’aide de madame Falbet, femme de prisonnier, qui « planque » « Rodolphe », et les amis du réseau au 3 rue Cessac à Agen. Rendier habite encore quelques temps son petit appartement, très discret, près de l’imprimerie puis, le 11 novembre 1942, Rendier quitte Agen pour Castelnau sur l’Auvignon, pensant qu’un parachutage est possible au cours de la semaine suivante. « Rodolphe » lui donne rendez-vous boulevard Carnot dans le petit restaurant où ils ont l’habitude de se retrouver. « Rodolphe » n’est pas seul comme à l’accoutumée. Il est accompagné d’un « ami très sûr » qui devait entrer en contact avec « Joseph » à Lyon. N’étant plus en sécurité, « Rodolphe » propose à Rendier de « planquer » cet ami et d’assurer sa sécurité. C’est chose faite grâce à madame Falbet qui rencontre pour la première fois le capitaine « Hilaire »des Services Secrets (S.O.E) britanniques. Il a un accent, très prononcé mais il parle le français couramment. « VICTOIRE » vient d’accueillir « Hilaire » en ce 11 novembre 1942 et sa première « planque » est le 3 rue Cessac à Agen. Le 22 novembre 1942, le capitaine George Réginald Starr, alias « Hilaire », du S.O.E., arrive à Castelnau sur l’Auvignon car le message « Victoire embrasse Joseph » a été diffusé sur radio Londres. Il aura sa chambre chez Monsieur Larribeau, l’appartement de fonction de Madame Delattre-Robert deviendra son restaurant et son bureau, donc son P.C. Le 27 novembre 1942, par grand froid, « Hilaire » tente avec son « S-Phone » de contacter l’avion porteur des « colis tant attendus » mais c’est un échec. Dès lors « VICTOIRE » se met à la disposition de « Hilaire » qui organise à Castelnau sur l’Auvignon un véritable « maquis » qui prendra une grande importance du 6 juin au 21 juin 1944. « Hilaire » c’est aussi « Gaston » A cause de lourdes pertes dues aux arrestations des éléments fondateurs de « VICTOIRE », des départs rendus inévitables pour l’Angleterre des agents repérés, le réseau « VICTOIRE » est assimilé à l’agent S.O.E. « Hilaire » et à « Wheelwright ». Après les combats de Castelnau sur l’Auvignon, le 21 juin 1944, « VICTOIRE » comme « Hilaire » restent à jamais au cœur de la Résistance dans le Gers.

Document réalisé par Alain GEAY en collaboration avec Jeanne LHEZ - ROBERT


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