Crimes de guerre nazis en Agenais. Seconde guerre mondiale en Lot & Garonne

Réseau Victoire sur AGEN

jeudi 27 décembre 2012 par Michel Sercan

Extrait du récit de Paul DENIS qui en explique parfaitement son histoire. C’est après avoir découvert aux Archives Militaires à Le Blanc, dans le dossier judiciaire de Johann ZORN, le témoignage de Paul BLASY qu’il a été possible de retracer son histoire.

Novembre 1942

Le Chef du Service des Réfugiés était Monsieur Jacob, Chef de Bureau à la Préfecture du Haut Rhin. Le samedi 14 novembre, il me fit appeler et me proposa d’entrer dans le mouvement de résistance qu’il était chargé de former. Il me demanda de prendre ma part de responsabilité parmi les 4 ou 5 membres directeurs qui seraient seuls au courant de nos faits et gestes. J’acceptai. Le samedi suivant nous eûmes notre première réunion chez lui à laquelle assistaient : Meistermann, Diener, Blasy et moi. Mr Jacob nous mit au courant du travail à accomplir et nous annonça qu’il était déjà en contact avec un Colonel Anglais parachuté, le Colonel Hilaire qui devait nous faire avoir les armes nécessaires. Dans une autre réunion, nous discutâmes des effectifs et décidions de chercher à atteindre dès à présent le chiffre de 200. Prenant les listes des Réfugiés nous pointâmes les personnes susceptibles d’être enrôlées. Le recrutement fut donc le travail des semaines suivantes mais fut vite abandonné car il aurait fallu se faire connaître et c’est ce qui ne devait être à aucun prix, il y allait de notre tête. Nous eûmes donc recours à un autre procédé. Nous avions nos Chefs de quartier qui connaissaient 4 ou 5 hommes qui eux-mêmes indiquaient le nombre Page 3

sur lequel ils pouvaient compter. Nos noms restaient ainsi cachés et de notre côté ne connaissions que peu de camarades. Nous arrivâmes au chiffre de 170 vers mars 1943 ce que nous jugeons suffisant momentanément. Au commencement de mars 1943 nous eûmes notre premier envoi d’armes. Un cours d’instruction sur ces engins nous fut donné à nous cinq, un soir à 22heures, chez Blasy par le Sergent Dupont du 150e R.I. On démonta une mitraillette Sten et on apprit le maniement des grenades. Mais la question la plus urgente était de savoir où cacher l’armement pour que le boche ne le trouve pas. Cette question devint très aigue car quelques jours après nous reçûmes deux caisses de mitraillettes et nous fûmes obligés de les enterrer provisoirement et secrètement dans la cour de la Préfecture. Il fut donc décidé de trouver immédiatement une maison à la campagne que l’on réquisitionnerait soit disant pour les réfugiés et qui nous servirait de dépôts d’armes. Nous eûmes la chance de trouver très rapidement une maison à Cassou, sur le plateau dominant la route de Périgueux d’une part et de Toulouse d’autre part. Nous l’installâmes de suite, emménageant des lits pour les futurs blessés, des couvertures, des draps ainsi que de la nourriture, pâtes, légumes secs, chocolat, lait en boite, viandes de conserves, confitures etc.…. Nous eûmes bientôt un nouveau parachutage qui fut Page 4

enterré. Notre message personnel était Le cygne chantera ce soir. Mais un gros ennui se produisait puisque j’étais appelé aux Chantiers de la Jeunesse. Sur un faux certificat, établi par Monsieur Jacob, j’obtenais un sursis jusqu’en Juillet. Un autre ennui plus grave se produisait. Le lundi de Pâques, alors que nous venions de terminer le nettoyage des armes reçues, le propriétaire rentrant de Belgique, venait se réinstaller chez lui. Que faire ? Je m’en occupais personnellement de suite. Mais comment faire pour déménager l’armement à la barbe de Monsieur ? Je partis à Bon Encontre trouver l’Abbé Frischmann que je connaissais bien et lui découvrit toute notre organisation. Il me promit de nous aider. Il fit plus et le lendemain venait nous indiquer une autre maison dans sa commune. J’y allais de suite avec Monsieur Jacob et grande fut notre surprise de trouver à la place de la maison, un château avec jardins, bois, métairies, dépendances, etc.… Nous fîmes le déménagement quelques jours plus tard et tout se passa bien. Il s’agit du Château de La Clotte près de Bon Encontre. Nous reçûmes les jours suivants de nombreuses armes et explosifs. Au mois de mai, le Colonel anglais qui se faisait appeler Gaston, vint nous inspecter et nous essayâmes divers engins explosifs et incendiaires. Il nous remit Page 5

des engins de toutes sortes : crayons explosifs, stylo lacrymogènes, pots de confiture incendiaires, appareils pour attentats sur voies ferrées, et un poste émetteur et récepteur pour communiquer avec avions. Pendant ce temps, notre vie de fiancés continuait. Nous allâmes au théâtre voir Faust et le Barbier de Séville et d’autres pièces de moindre importance. Nous allâmes également assez souvent à la pêche les dimanches et aussi au ravitaillement à Sérignac. Le mois de Juillet arriva et je dus partir aux Chantiers de la Jeunesse. Je fus incorporé au Groupement 29 à Saint Amans Soult (Tarn) le 1er Juillet 1943. Je fus affecté comme secrétaire au Groupe Direction. Le 15 Août, j’étais nommé second d’équipe par le Chef Guingand. Mais le 25, j’apprenais la dure nouvelle. L’Agent de liaison Gérard, alias Gauthier (voir Nota) adjudant au 150e R.I avait été arrêté par la Gestapo et le 23 c’était au tour de Jacob, Blasy et Moulia. Meistermann et Diener passèrent en Afrique du Nord par l’Espagne. Le colonel anglais était recherché et nos armes saisies par les boches. Le 3 septembre, un petit Bernard naquit au foyer de mon frère Robert et le 10 j’étais en permission et assistais au baptême en qualité de parrain. Je retrouvais ma fiancée quelques jours et nous étions bien heureux. Au mois d’Octobre, nous quittions Saint Amans Soult pour Pissos dans les Landes et passions pour y aller par Agen où je pus Page 6

Nota : Erreur, l’agent Gérard était en fait Fernand GAUCHER

ainsi revoir ma famille pendant quelques minutes. Gervaise retourna chez elle à Paris en décembre où j’allais en permission huit jours en janvier 1944. Je venais d’être nommé Chef d’Equipe. En rentrant au camp, de mauvaises nouvelles circulaient. On prétendait que nous allions être transplantés en Allemagne. Je m’apprêtais donc à déserter comme beaucoup de mes camarades. Le 31 Juillet effectivement, les Chantiers étaient dissous mais j’étais versé au groupe liquidateur du mouvement 29. Ne servant donc les allemands en rien, je me décidais à rester et aidais mes camarades à partir en leur fournissant de faux papiers. Nous déménagions et quittions Pissos pour Commensacq à 20 kilomètres. Je venais en permission à Agen le 5 Février et donnais mon adhésion au nouveau mouvement de résistance formé par l’Abbé Frischmann et Streiff. Revenu au camp le 7, je tombais malade d’une congestion pulmonaire qui dura six semaines. A la fin du mois de mars, je partis en permission de 48 heures à Paris où je retrouvais Gervaise en bonne santé et pleine de courage. Au cours des nombreuses permissions que je m’octroyais en avril, j’arrivais à maintenir le contact avec mon groupement de résistance, désolé d’ailleurs de ne pouvoir leur apporter un concours plus effectif. Page 7

Les arrestations de Maurice JACOB, Paul BLASY et Elie MOULIA ont eu lieu le samedi 21 aout 1943 et non le 23


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